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« si c'est pian là, c'est qu'il y a problème hein ! » ; « On ne peut pas obliger quelqu’un à se réconcilier dèh ! »

« si c’est pian là, c’est qu’il y a problème hein ! » ; « On ne peut pas obliger quelqu’un à se réconcilier dèh ! »

On va se réconcilier PIAN ! de Cheick Yvhane est l’un des derniers ouvrages à polémique parlant de réconciliation. Entre volonté de réconciliation et injonction à se réconcilier, le titre de l’ouvrage a fait parler plus d’un titrologue. Chronique (du livre entier). 

Par Ruben Boni

Lors du #MeetupCivCPI organisé par Ivoire Justice à Abidjan le 7 mai 2016, on m’a offert un livre :  On va se réconcilier PIAN ! de l’animateur de charme Cheick Yvhane. Lors de la remise du cadeau, des réactions immédiates se sont faites entendre : « si c’est pian là, c’est qu’il y a problème hein ! » ; « On ne peut pas obliger quelqu’un à se réconcilier dèh ! »

Après avoir parcouru les 123 pages d’On va se réconcilier PIAN !, je retiens une chose en particulier. C’est que l’auteur, loin de l’idée triomphaliste de l’apôtre d’une réconciliation forcée, avec un sérieux foncièrement décalé et une sorte d’écriture sans-gêne et stricte, fait une analyse approfondie de la société ivoirienne dans son ensemble. Que ce soit les religions, les groupes ethniques, les communautés étrangères, les politiques, les faits de société, ou même le jargon ivoirien, rien n’échappe au regard amusé et tout aussi critique du journaliste.

Prenons quelques extraits de l’ouvrage où l’auteur se moque (amicalement) des particularités de certaines ethnies de la Côte d’Ivoire :

« LES DIOULAS aiment l’argent, démesurément… Paradoxalement, cela ne se ressent pas dans leur quotidien. Leur progéniture est loin d’être la plus enviée – pour faire verbalement correct – pour ne pas dire dans bien des cas la plus défavorisée. Les enfants vivent entassés dans des habitats insalubres appelés cours communes détenues pourtant par le paternel. En termes plus courts, l’hygiène ne semble pas être un critère de poids chez les Dioulas. »

« LE BAOULÉ est par essence très porté sur l’alcool, particulièrement le ‘’Bandji’’ et le vin rouge. Inutile de souligner ici l’incidence évidente sur son abdomen. Un abdomen particulièrement surdimensionné, mou et fondant. L’homme baoulé est plutôt pacifique, calme et un tantinet rancunier. Un peu comme l’Odiénnéka, il a ce petit côté hautain qui laisse clairement entrevoir le sentiment de supériorité sur les autres. »

« LE BÉTÉ est toujours jeune. Ne soyez donc pas surpris d’entendre un Bété de 52 ans d’âge parler de son avenir lointain comme un préadolescent. Le Bété adore la France, mais est le premier à critiquer la France… Le simple fait de le savoir à Paris est largement suffisant pour entretenir son image au pays… Le Bété, à l’instar du Koyaga, a la réputation de courir la prétentaine. D’être un collectionneur d’aventures torrides avec la gent féminine. »

Aller à la réconciliation vraie et à la stabilité

Ainsi donc, pour Cheick Yvhane, lauréat 2006 du prix Jean-Hélène du meilleur reporter radio de l`espace francophone, il s’agit au travers de son livre d’emmener les populations de Côte d’Ivoire « à transcender les différences superficielles et souvent infondées et à agir de façon intelligente et concomitante pour faire éclore le génie africain » (page 119). Mais aussi à dépasser « le repli communautaire et l’ivoirité terreau des différentes crises qu’a connu ce pays cosmopolite d’Afrique de l’Ouest »(quatrième de couverture) pour aller à la réconciliation vraie et à la stabilité.

En définitive, comme on peut en déduire de l’œuvre On va se réconcilier PIAN !, s’il est clair que la réconciliation est l’œuvre d’une adhésion libre, franche et sincère, force est aussi de reconnaitre qu’elle s’impose dans un contexte aussi coloré que celui de la Côte d’Ivoire. Seulement, il ne faut surtout pas commettre la même erreur de croire que la réconciliation vraie se fera juste parce qu’est créée une institution spéciale, parce qu’elle est chantée et martelée dans tous les discours de masse, ou encore parce que le pays est cosmopolite et accueillant.

Voir tchôkô-tchôkô la Côte d’Ivoire réconciliée

Pour que la réconciliation vraie se fasse, il faut surtout veiller à ce que tous les cœurs se vident, sans crainte, et que tous les acteurs de la vie publique ivoirienne fassent d’une manière honnête leur mea-culpa et en reconnaissant que chaque maillon de la société ivoirienne est logé à la même enseigne.

En espérant que se réalise rapidement le vœu pieu de Cheick Yvhane de voir tchôkô-tchôkô la Côte d’Ivoire réconciliée, j’imagine déjà l’intitulé du tome 2 à son manuel :Voilà ça ! On est réconciliés.

Ivoire Justice

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