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Un microbe ça se tue! Point barre. Voilà ce que m’a dit un ami il y a quelques jours, alors qu’il était excédé par une énième attaque des enfants criminels d’Abidjan. Dans son exaspération tout à fait légitime, je me suis rendu compte d’une réalité toute aussi effrayante: l’Etat ivoirien ayant démissionné, la rue se fera désormais justice.
Mohamed Sylla (LIDER), Délégué National aux Réformes Institutionnelles
Mohamed Sylla (LIDER), Délégué National aux Réformes Institutionnelles

Qu’est ce qu’un microbe ? Selon le Larousse, un microbe est un organisme microscopique ou ultramicroscopique, et plus spécialement l’un des organismes qui causent les fermentations et les maladies.

Les microbes d’Abidjan ont entre 10 et 15 ans pour la plupart, souvent même moins. Ces enfants sont qu’on le veuille ou non sont le fruit de notre société. Au fil des crises et des guerres nous avons façonné ces monstres dont personnes ne veut aujourd’hui. La vie humaine a perdu toute sacralité pour ces enfants qui ont grandi en assistant à des immolations d’ennemis par le feu dans leur quartier. Leur quotidien pendant longtemps a été celui des commandos invisibles qui se livraient à des séances d’égorgement public. Sur les réseaux sociaux la violence n’a jamais été aussi accessible. Au fil du temps, notre conscience collective à tous absorbe de plus en plus facilement ces images de corps calcinés ou égorgés. Le soucis avec les microbes c’est qu’ils rendent malade l’organisme auquel il s’attaquent. Notre société est malade de son irresponsabilité. Les microbes n’en sont que le reflet dans le miroir de nos certitudes imaginaires.

La défaillance de l’Etat en question
Selon les chiffres officiels de l’Addr (ex-Autorité pour le désarmement, la démobilisation et la réintégration), le désarmement qui s’est déroulé en Côte d’Ivoire d’octobre 2012 à juin 2015 et a coûté 105 milliards de fcfa (environ 160 millions d’euros), a obtenu les résultats suivants:– 74.000 ex-combattants identifiés; – 69.506, dont 6.105 femmes, désarmés; – 5.000 n’ont pas été désarmés ; – 3.651 explosifs collectés; – 35.628 armes récupérées ; – 3,3 millions munitions recueillies. Si l’on applique les standards internationaux, ce sont 222.000 armes qui auraient dû être récupérées. Le gouvernement n’a pu collecter que 17% de cet arsenal, ce qui n’a pas empêché ce dernier de dissoudre l’autorité chargée du désarmement, considérant le sujet clos, alors que des djihadistes saccagent des vies humaines en mitraillant les plages de Bassam, alors que des populations s’exterminent en toute bestialité à Bouna, alors que des microbes éventrent leurs victimes à coups de machettes à Abobo et Yopougon, alors que des brigades de gendarmerie sont attaquées à Vavoua… En réalité, le gouvernement actuel qui a sans doute une grande part de responsabilité dans l’avènement de ces enfants criminels semble ne pas en être très inquiet. Le jour où les microbes éventreront un blanc en plein Plateau, peut-être ce que ce jour là, ils se pencheront sérieusement sur le problème.
L’argent ne fair pas tout. Faut-ils tous les tuer?
Pour en revenir aux propos de mon ami : faut-il simplement tuer tous ces microbes? Est-ce vraiment la solution? Voulons nous être une société tueurs d’enfants? À mon avis non. Tuez-les, vous en ferez des martyrs sur les cendres desquels en naîtront d’autres. Un policier m’expliquait à quel point leur mission était parfois délicate lorsqu’ils se retrouvaient en face de gamins de 12 ou 15 ans, drogués et n’ayant aucune conscience d’eux mêmes. Des enfants qui ont l’âge de leur propres progénitures. Difficile de juste leur mettre une balle dans la tête. Mon intention n’est pas de justifier les actes de ces microbes, mais d’attirer aussi l’attention sur le pourquoi de leur existence. Lorsque nous aurons posé le bon diagnostic il sera plus aisé de trouver des solutions. Chacun pourra faire sa propre analyse. Mais ce drame qui se joue au delà de nos soucis quotidiens, beaucoup parmi nous en prennent de plus en plus conscience et en sont angoissés. Qui sait qui sera leur prochaine victime? Mais nous nous sentons incapables d’en percevoir les dimensions et impuissants à y remédier en quoique ce soit. Mi victimes, mi bourreaux. Que faire? Le débat est lancé…

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