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De gauche à droite, le prséident du Ghana, John Dramani Mahama, la chancelière allemande Angela Merkel, le président du Gabon, Ali Bongo Ondimba, et le président François Hollande.

La Côté d’Ivoire et le Ghana, qui eux ont signé l’APE régional, sont désormais menacés de perdre leur accès préférentiel au marché européen.

Entretien avec Lala Hakuma Dadci, coordinatrice de l’Association internationale de techniciens, experts et chercheurs (AITEC), spécialiste des questions de commerce international et d’extractivisme en lien avec la protection des droits économiques, sociaux et culturels.

Dans une déclaration publique publiée le 10 juin, consignée par la Confédération paysanne, CFSI, Peuples solidaires et Artisans du Monde, vous dénoncez le « chantage » que l’Union européenne exerce sur certains pays africains. Sur quoi repose cette accusation ?

Lala Hakuma Dadci
Lala Hakuma Dadci, coordinatrice de l’Association internationale de techniciens, experts et chercheurs (AITEC)

Actuellement, certains Accords de partenariat économique (APE) régionaux avec l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe ne sont toujours pas signés. La date limite du 1er octobre 2016 que veut imposer l’union européenne (UE) ne correspond à aucune obligation légale dans le processus de négociation et de signature des APE.

Cette échéance fixée unilatéralement ne figure pas dans les textes négociés. Au cours des négociations, l’UE a déjà utilisé divers moyens de pression -notamment la subordination du Fonds Européen pour le développement à l’APE, pour forcer la main aux pays africains. Aujourd »hui, cette date limite d’octobre 2016 apparaît donc uniquement comme un moyen de pression supplémentaire et arbitraire pour la mise en oeuvre des APE.

Or, et c’est là qu’on peut parler de chantage, certains actes délégués rédigés par la Commission _ des documents qui sont en notre possession après avoir « fuité » _ prévoient de supprimer les préférences d’accès au marché européen pour six pays non-PMA (pays les moins avancés) si les APE ne sont pas mis en oeuvre d’ici à octobre 2016. Ces pays sont : le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Botswana, la Namibie et le Swaziland. L’Union européenne force donc ces pays à ratifier ou mettre provisoirement en oeuvre les APE alors qu’aucune discussion dans les parlements n’aura eu lieu. Partant, elle ne respecte pas les exigences démocratiques dans ces pays.

L’UE cherche par tous les moyens à forcer l’ouverture des marchés africains à ses exportations. Et ce, même si certains pays refusent cet accord qui est, selon eux, nuisible à leur développement économique.

Quelles seront les conséquences pour les six pays cités si l’UE leur impose des droits de douanes ?

Les exportations des six pays cités plus haut vers l’Union européenne seront frappées par des droits de douane élevés, ce qui mettra en grande difficulté les secteurs qui exportent et augmentera le chômage. Un seul exemple : en Côte d’Ivoire, le secteur du cacao va être très fortement touché, alors qu’il représente un quart de ses exportations et que l’Europe est un gros importateur.

Quels sont les points sur lesquels les accords de partenariat économique, négociés depuis 2000, bloquent encore ?

Les APE consistent à libéraliser à 85% les échanges entre l’UE et les pays africains en question. Cela signifie supprimer progressivement les droits de douane pour de nombreux produits. Ce que redoutent les pays africains, c’est l’impossibilité pour l’économie de leurs pays de se développer face à la concurrence déséquilibrée des entreprises européennes.

En Afrique de l’Ouest, le Nigeria et la Gambie refusent encore de signer l’APE régional. Ils invoquent le fait que cela aurait des conséquences négatives sur l’industrialsation du pays, et plus globalement sur l’économie et la société.

La Côté d’Ivoire et le Ghana, qui eux ont signé l’APE régional, sont désormais menacés de perdre leur accès préférentiel au marché européen. Ces deux pays se voient donc obligés de signer, ou provisoirement d’appliquer les APE intérimaires nationaux qu’ils avaient paraphés séparément en 2007. Ce faisant, la Commission européenne met en péril le marché régional ouest africain dont la construction a demandé de nombreux efforts.

Propos recueillis par Jean-Michel Gradt

lesechos.fr

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