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Comment rétablir l'autorité du pouvoir politique en Côte d'Ivoire ?
Comment rétablir l'autorité du pouvoir politique en Côte d'Ivoire ?

L’autorité comme solution au problème politique ivoirien.

Par Dr Alexis Dieth Professeur de philosophie
Par Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

Un pouvoir autoritaire est dénué d’autorité car il gouverne par la force et la contrainte matérielle, par la suggestion et la manipulation mentales. Ces médiations matérielles soumettent les individus et les peuples aux anti-valeurs du pouvoir et servent à instituer sa domination tutélaire.

L’autorité est, au contraire, une qualité personnelle ou institutionnelle attribuée par le pouvoir immatériel des  valeurs qui en appellent à l’obéissance en tant que libre consentement volontaire des personnes. L’obéissance des subordonnés à l’égard des supérieurs hiérarchiques n’est pas un dévouement à leurs personnes et au pouvoir qu’ils exercent. Ce serait alors de la soumission servile. L’obéissance des subordonnés est due aux valeurs qu’incarnent les supérieurs hiérarchiques, incarnation dont provient l’autorité de ces derniers. C’est le dévouement à un symbole.

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L’autorité effective du pouvoir politique émane de sa capacité à incarner la prééminence de la généralité sur la particularité, du droit sur la force. De cette incarnation du droit provient l’efficience des armées, du pouvoir politique et sa capacité à se faire obéir par les gouvernés. Avoir de l’autorité signifie s’installer moralement dans la place qu’on occupe  dans la société. L’enseignant a de l’autorité quand il carne le savoir dans son être et dans sa conduite. Le magistrat a de l’autorité quand il incarne le droit, quand il en est le symbole vivant. L’homme politique a de l’autorité quand il incarne le service de la généralité et du bien commun. Le soldat a de l’autorité quand il incarne l’honneur militaire, l’aptitude à sacrifier sa vie et son bien-être matériel pour défendre l’intégrité du territoire national, protéger la République et la souveraineté nationale. Condamnant la formation de factions au sein de l’armée nationale lors de sa rencontre avec les mutins, le Général Sékou Touré en appelle à la restauration des trois catégories qui définissent la hiérarchie militaire. « J’ai rappelé que dans l’armée, il y a trois catégories de personnel: les officiers, les sous-officiers, et les militaires du rang. Désormais, c’est de ces trois catégories que je voudrais entendre parler » a dit le Général Sékou Touré. Pour qu’il en soit ainsi, il faut néanmoins que la hiérarchie militaire ivoirienne soit orientée vers un but  dont la valeur et même la grandeur soit sentie par tous, du plus haut au plus bas , à savoir la défense de l’intégrité du territoire national, la protection de la République, de la démocratie et de leurs valeurs. L’obéissance aux ordres, effet de l’autorité, proviendra de cette orientation de la hiérarchie vers ce but suprême.

De cette aptitude de la personne et de l’institution à incarner la valeur spécifique requise par sa position dans la hiérarchie, procède l’obéissance des subordonnés. Les gouvernants perdent cette autorité quand ils s’avèrent personnellement incapables d’incarner les valeurs qui définissent la souveraineté du peuple, et notamment quand le peuple divisé est lui-même en porte à faux avec ses valeurs constitutives. Les officiers supérieurs et les sous-officiers perdent leur autorité, quand ils perdent de vue le but suprême de l’armée nationale dans une démocratie républicaine et se divisent eux-mêmes en chefs de factions et de milices. Cette crise de l’autorité, dans le pouvoir politique et dans la hiérarchie militaire, génère de la désobéissance dans la société et dans l’armée.

La radicalisation des mouvements sociaux, les mutineries et les rébellions procèdent de ce que le pouvoir politique et la haute hiérarchie militaire ont pris des libertés relativement aux valeurs fondatrices de la République et de la démocratie, sources de leur autorité. Ce sont les indices d’une crise d’autorité qui obligent le pouvoir politique à se remettre en question. Est-il besoin de souligner ici que les mutineries et les rébellions invincibles, qui émaillèrent la gouvernance des pouvoirs précédents avant 2011, furent la conséquence de l’abrogation des valeurs démocratiques au profit des antivaleurs du nationalisme identitaire qui détruisirent l’autorité de ces pouvoirs ?

En démocratie, la multiplication des actes de désobéissance civile et militaire interpelle le pouvoir politique. C’est une injonction à reconquérir son autorité, à réinvestir les valeurs qui la fondent. Cette expression brutale de la défiance demande au pouvoir politique d’occuper moralement sa place en se repositionnant comme symbole vivant des valeurs démocratiques et républicaines, comme incarnation de la souveraineté du peuple et de son service. Le rétablissement de l’autorité du pouvoir politique et de ses dirigeants est un rétablissement de leur exemplarité morale. La désobéissance civile et militaire interpelle la capacité d’exemplarité morale, des gouvernants et du souverain lui-même, à savoir le peuple. Elle les soumet à l’injonction de la conquérir.

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