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Laurent Gbagbo est-il de gauche ?

Par Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

Les réseaux d’une certaine gauche française, appartenant à la mouvance de l’anticolonialisme tiers-mondiste, répondent par l’affirmative à cette question. Cette réponse est pour le moins étrange car les thématiques et la gouvernance du FPI de Laurent Gbagbo incitent plutôt à répondre à cette question par la négative. Ce brevet de gauchisme attribué à Laurent Gbagbo par ces réseaux ne peut donc que soulever l’étonnement.

Laurent Gbagbo est-il véritablement socialiste et anticolonialiste ? A-t-il défendu en Côte d’Ivoire les valeurs du socialisme ? S’est-il politiquement battu pour l’égalité de tous les Ivoiriens ? A-t-il représenté et défendu les intérêts des catégories sociales les plus fragiles de la société ivoirienne? A-t-il défendu les valeurs de la République et de la démocratie pluraliste ? Tel est, en effet, le logiciel du socialisme en tant qu’idéologie politique de la gauche républicaine.

Le nationalisme assumé de Laurent Gbagbo, les thématiques identitaires qui structurèrent son discours et sa gouvernance et qui continuent de structurer la mouvance identitaire pro-Gbagbo, démentent la prétention de Laurent Gbagbo à être un homme de gauche. Les accointances notoires du FPI de Laurent Gbagbo   avec l’extrême-droite française, la xénophobie de ce parti et son programme politique centré sur la préférence nationale tendent, au contraire, à prouver qu’il ne fut pas un parti de gauche. La typologie des partis politiques le classerait à l’extrême droite de l’échiquier politique. Laurent Gbagbo est donc un nationaliste et un identitaire. Il est aussi, selon les circonstances et les opportunités, le pion et la marionnette des réseaux de la Françafrique de gauche et de droite. Le documentaire édifiant de Patrick Benquet « Françafrique : 50 ans sous le sceau du secret » atteste que Laurent Gbagbo fut un maillon central de ce réseau.

Cette double filiation bat donc en brèche sa prétention à être  une icône de la gauche africaine et de l’anticolonialisme. Elle montre que l’attitude étrange de ses soutiens africains et français, qui continuent en dépit de la réalité de le reconnaître comme un patriote de gauche et comme un anticolonialiste pur et dur, se situe aux antipodes de la rationalité démocratique et républicaine. Ce brevet de gauchisme et d’anticolonialisme  relève d’une prise de position idéologique cohérente  dont il importe de faire ressortir la substance pour résoudre l’énigme.

Il est de notoriété publique que Laurent Gbagbo et sa mouvance ont trahi les idéaux du socialisme républicain au profit d’un national-socialisme xénophobe et identitaire. Un Claude Lefort, homme de gauche authentique et théoricien critique de la gauche française, lui aurait adressé un carton rouge. En Côte d’Ivoire, la gauche est à réinventer. Le créneau de la gauche républicaine demeure inoccupé. C’est un créneau vide à réinvestir pour les Ivoiriens qui en auraient la capacité politique et théorique.

L’étrange cécité des réseaux de la Françafrique de gauche soulève donc des questions. Quelles sont les raisons secrètes qui poussent ces milieux tiers-mondistes de la gauche française à soutenir le nationalisme identitaire en Afrique alors qu’ils le réprouvent en France ? Pour quelles raisons secrètes  décernent-ils un brevet de gauchisme à Laurent Gbagbo alors qu’ils font clairement la distinction entre le nationalisme identitaire et le patriotisme républicain de gauche ? Qu’est ce qui les détermine à porter aux nues et à célébrer l’ethno-nationaliste Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire alors qu’ils vomissent en France  l’ethno-nationaliste Marine Le Pen dont Laurent Gbagbo est le clone ivoirien ?

Pour la sauvegarde de la démocratie en Côte d’Ivoire et en Afrique, il est vital de déterminer les raisons profondes de cette énigme. Le dénouement de ce mystère épais permet, en effet, de déconstruire la démagogie des formations populistes qui se réclament de l’anticolonialisme et de la défense identitaire en Afrique. (A suivre)

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