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Kant dévoile l’imposture des fanatiques, des imprécateurs, des gourous affabulateurs, des idolâtres sectaires des cultes, des égorgeurs, des assassins et des génocidaires qui prétendent accomplir la volonté de Dieu en réduisant les hommes en esclavage, en les empêchant de penser par eux-mêmes, en leur imposant des prescriptions dogmatiques et en appelant au meurtre.

L’unité de la Religion et la diversité des croyances.

Une distinction essentielle entre foi religieuse morale et foi cultuelle.

Voici, en ce passage de « La Religion dans les limites de la simple raison » d’Emmanuel Kant, une distinction critique et rationnelle des notions de « Religion » et de « Confession ». Elle mérite d’être revisitée en ces temps d’imposture où la Religion pourtant d’essence morale est dévoyée pour camoufler le crime.

Dr Alexis Dieth Professeur de philosophie
Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

Le grand Philosophe Emmanuel Kant dévoile l’imposture des fanatiques, des imprécateurs, des gourous affabulateurs, des idolâtres sectaires des cultes, des égorgeurs, des assassins et des génocidaires qui prétendent accomplir la volonté de Dieu en réduisant les hommes en esclavage, en les empêchant de penser par eux-mêmes, en leur imposant des prescriptions dogmatiques et en appelant au meurtre.

Il importe pour cela de faire ressortir l’essence morale de la religion qui s’enracine dans la capacité de la raison humaine à légiférer moralement, à découvrir par cette législation autonome le concept de Dieu non pas comme celui d’un empereur et d’un calife impitoyable assoiffé de dominations et de sang, mais comme un être essentiellement moral qui ne saurait appeler au meurtre, à l’assassinat et au viol de la dignité des Hommes, ses fils et ses filles. « Le concept d’une volonté divine, déterminée selon de simples lois purement morales, ne permet de concevoir qu’un seul Dieu et par suite une religion en elle-même purement morale » écrit Emmanuel Kant.

« Il n’existe qu’une religion ; mais il peut exister beaucoup de formes de croyances. On peut ajouter que dans les diverses Eglises (comprendre ce terme dans le sens d’Ecclésia, assemblée des croyants, lieu de culte des diverses confessions : église catholiques, mosquées, les synagogues, temples protestants, temples bouddhistes en autres. C’est nous qui précisons.) qui se séparaient les unes des autres à cause de la diversité de leur genre de croyances, on peut néanmoins rencontrer une seule et même vraie religion.

Qu’est-ce donc que la vraie Religion ? C’est « La pure législation morale grâce à laquelle la volonté de Dieu est inscrite originairement en notre cœur ». Cette pure législation morale de la Raison n’est pas seulement la condition inéluctable de toute vraie religion en général, mais elle est également ce qui à vrai dire la constitue ; la religion statutaire ne pouvant renfermer que le moyen destiné à l’avancer et à la répandre. Il convient donc mieux (et c’est le plus usité) de dire : cet homme est de telle ou de telle confession (juive, musulmane, chrétienne, catholique, luthérienne) que il appartient à telle ou telle religion.

Ce dernier terme même ne devrait pas équitablement s’employer quand on s’adresse au grand public dans les catéchismes et les sermons) ; car il est trop savant et inintelligible ; aussi bien les langues modernes n’offrent point de terme qui soit équivalent à cette expression. Par ce terme l’homme du peuple entend toujours sa foi d’église qui lui tombe sous les sens, tandis que la religion se cache intérieurement et dépend d’intentions morales ; à la plupart des gens on fait trop d’honneur en disant d’eux : Ils professent telles ou telles religion ; car ils n’en connaissent et n’en demandent aucune ; la foi statutaire (la foi dans les dogmes), c’est là tout ce qu’ils entendent par ce terme.

C’est pourquoi les prétendues querelles religieuses qui ont souvent ébranlé le monde en l’arrosant de sang n’ont jamais été autre chose que des disputes sur la croyance d’église (entendue comme confession, dispute sur des textes fétichisés dans une forme de paganisme. C’est nous qui précisons) et l’homme opprimé ne se plaignait pas en réalité parce qu’on l’empêchait de rester attaché à sa religion ( ce que ne peut aucune puissance extérieure) mais parce qu’on ne lui permettait pas de pratiquer publiquement sa foi d’église (entendu comme culte rendu au texte). » Emmanuel Kant. La religion dans les limites de la simple raison
« S’il faut donner à la question comment Dieu veut être honoré une réponse d’une valeur générale, pour tout homme, considéré comme homme seulement, il ne saurait y avoir d’hésitation sur ce point que la législation voulue par Lui ne peut jamais être simplement que morale ; car la législation statutaire (qui suppose une révélation) ne peut être considéré que comme contingente et comme une législation qui n’est point parvenue ou ne peut parvenir à tout homme, elle ne peut donc par suite être considérée comme obligeant d’une manière générale.

Ainsi : Ce ne sont pas ceux qui s’écrient : Seigneur, Seigneur ! mais ceux qui font la volonté de Dieu », ce ne sont pas ceux qui le glorifient (ou son envoyé en tant qu’être d’origine divine), suivant des idées révélées dont tous ne disposent pas, mais bien ceux qui s’efforcent de lui être agréable par une bonne conduite-et chacun à cet égard connaît la volonté de Dieu-qui lui rendront les marques de la vraie vénération qu’il réclame ». Emmanuel Kant.

La religion dans les limites de la simple raison.

Nous pouvons donc, sans passer par les confessions et les cultes découvrir, par notre propre raison légiférant moralement la volonté de Dieu et ce qu’il veut que nous fassions. Les lois statutaires des confessions ne sont pas les uniques voies d’accès à Dieu. La foi historique vient en complément à la foi rationnelle pure. Les ecclésiastes parmi lesquels peuvent se trouver des idolâtres, des criminels et des imposteurs ne sont pas les dépositaires de la volonté de Dieu. Les lieux de culte qui peuvent être des lieux d’appel au crime et à l’assassinat, comme en témoigne éloquemment l’histoire contemporaine, ne sont les sanctuaires de la Religion. La Religion se cache intérieurement en notre cœur et consiste en intentions et actions morales. (A Suivre)

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