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e ministre de la Fonction publique et de la Modernisation de l'Administration, Pascal Kouakou Abinan

Une petite erreur de frappe de l’Administration publique venait de changer leur destin

C’est avec faste qu’ils ont célébré, avec parents et amis, leur admission au concours professionnel de professeurs bivalents Anglais/EPS, pour l’année 2014. Alors qu’ils sont en attente de se  faire former, ils sont priés de sortir de leur rêve. C’est qu’une petite erreur de frappe de l’Administration publique venait de changer leur destin. Voici comment une erreur non rattrapée continue de plonger dans l’incertitude quelques 40 enseignants…

Au commencement, tout se passe dans les règles de l’art

Pour pallier le déficit d’enseignants dans les lycées et collèges, le ministère de la Fonction publique et de la Reforme administrative a lancé un concours professionnel pour le recrutement de professeurs bivalents Anglais/EPS, de professeurs monovalents d’EPS et de maîtres et maîtresses d’EPS. Initialement prévues pour le 22 novembre 2014, c’est finalement le 31 janvier 2015 que les épreuves auront lieu. Le 26 mars 2015, tous les résultats sont communiqués en ligne. Dans l’attente de l’élaboration des actes d’admission, il faut dire que l’admission des candidats retenus leur a été signifiée sur leurs «espaces fonctionnaires», où l’on pouvait clairement lire: «Communiqué d’admission document saisi en traitement». Le 29 mai 2015, les communiqués furent signés et mis en ligne, où chacun pouvait les télécharger et les imprimer ensuite. Mieux, le 16 juin 2015, la Direction des concours publie sur le site de la Fonction publique un communiqué qui stipule que ʺles candidats admisʺ sont invités à se rendre le même jour dans les établissements d’accueil pour des formalités liées à leur formation et ʺles candidats admissiblesʺ pour subir des épreuves liées à leur admission définitive. C’est ainsi que les professeurs bivalents Anglais/EPS, au nombre de 87 et munis de leurs communiqués d’admission, se rendent à l’Institut national de la jeunesse et des sports (INJS) en raison de l’EPS. Il y avait également les professeurs monovalents EPS et les maîtres et maitresses d’EPS, eux, munis de leurs communiqués d’admissibilité. Les épreuves se déroulent bien pour tous les candidats, exceptés pour deux candidats handicapés physiques qui ont bien évidemment leur dispense. Par la suite, des certificats d’aptitude à la pratique du sport furent délivrés aux autres quatre-vingt-cinq (85) admis présents sur la liste. Ils ont été soumis une fois de plus à des exercices d’endurance pour tous les admis aptes à la pratique du sport. Jusque-là, tout se passe normalement, bon presque…

Un grain de sable grippe la machine…

Alors que les candidats attendent de faire leur formation afin d’exercer leur nouvelle fonction en tant que professeurs de collège bivalents Anglais/EPS en discipline prioritaire Anglais, le 28 août 2015, un communiqué dit urgent est affiché sur  le site de la Fonction publique. Grande fut alors leur surprise de constater que sur les 87 candidats déclarés aptes après l’épreuve sportive, seulement 47 seront retenus, sans  explication aucune. Il va s’en suivre une série de démarches. D’abord, une rencontre le 31 août 2015 avec la Direction des concours qui préconise que les plaignants adressent un courrier au ministre de la Fonction publique. Une lettre dont ils attendent toujours le retour. Mais entre temps, la rentrée étant effective au niveau de l’ENS (Ecole Normale Supérieure), les admis des autres concours, à l’exception du bloc Anglais/EPS, s’inscrivent et débutent même les cours le 14 novembre 2015. Aux 47 autres qui ne souffrent d’aucune contestation, il leur a été demandé de patienter. Leur liste n’étant pas disponible pour les raisons bien évidentes. Mais, alors que la Direction des concours fait croire aux 40 autres que leur réclamation était en cours de règlement, ils apprennent que celle-ci a acheminé discrètement un courrier scellé contenant le nom des 47 retenus à l’INJS puis à l’ENS. Ces derniers débutent alors les cours le 4 janvier 2016. Il n’en fallait pas plus pour que les 40 autres crient à l’injustice. Et il y a de quoi! Que fait-on en effet, des droits acquis? Le Médiateur de la République est saisi afin qu’il y jette un regard, mais il ne trouvera pas de temps pour eux. Bon, disons qu’il aime bien se faire harceler. C’est que les jeunes gens souhaitent que le Médiateur intercède auprès du ministère de la Fonction publique afin qu’à défaut, ils soient convertis en professeurs monovalents d’Anglais. Vu que la direction de l’INJS ne s’est pas gênée pour leur signifier que les 40 admis retirés de la liste ne sont pas aptes à la pratique du sport et présenteraient des risques en dépit des certificats d’aptitude délivrés par les médecins du sport. Sans blague! Et ça tient comme argument solide, ça! Qu’à cela ne tienne, à défaut d’être des professeurs bivalents d’Anglais/EPS, les 40 recalés arbitrairement sollicitent du ministère de la Fonction publique, leur reprise en qualité de professeurs monovalents d’anglais. 6 mois couleront entre leur demande et la réponse du ministère. Une réponse, pour le moins, surprenante… En effet, ils apprendront que leur «demande de reconversion en professeurs monovalents d’Anglais n’est pas fondée et ne saurait recevoir une suite favorable. Pour la simple raison que la Direction des concours se serait trompée lors de l’élaboration du communiqué en mentionnant ʺsont déclarés admisʺ, en lieu et place de ʺsont déclarés admissibles’’». Aussi simple que cela! Une erreur de la Direction des concours et voilà que le monde s’effondre presque autour de nos jeunes gens qui, il faut le rappeler, ont déjàété remplacés à leurs différents postes et ne peuvent, pour l’heure, postuler à aucun autre concours professionnel étant donné que la motion «Admis» au concours professionnel, est toujours affichée sur leur espace fonctionnaire.

Une erreur qui perdure et qui détruit

Pour ces jeunes gens, c’est un paradoxe que la Direction des concours, qui prétend avoir commis une erreur matérielle sur l’élaboration du communiqué, n’a pu les informer de ce fait depuis la proclamation en ligne des résultats, le 26 mars 2015, jusqu’à la date de signature dudit communiqué le 29 mai 2015. Une erreur qui n’a pu être rattrapée quand bien même le procès verbal de délibération mentionnait qu’il s’agissait de candidats admissibles… Bref… Si c’était une erreur  et si la Direction des concours avait souhaité aider, ne serait-ce qu’un tout petit peu, les candidats recalés, elle aurait pu leur accorder une seconde chance. Mais non. Pour preuve, la Direction des concours ouvre les inscriptions pour la session suivante (concours 2015) qui se déroule du 29 juin au 22 août 2015 délai de rigueur; et c’est bien plus tard, soit le 28 août 2015 au soir, que les jeunes gens apprendront via un communiqué urgent plaqué sur le portail électronique de la Fonction publique, qu’ils sont exclus de la liste définitive des admis.

On récapitule

D’abord ils sont retirés de la liste suite à l’erreur de la Direction des concours qui mentionne qu’ils sont «admis» au lieu de  «admissibles». Puis on leur enlève toute chance de postuler aux concours pour la session de 2015, vu que la décision de la direction des concours les concernant, tombe  quelques jours après la clôture de la session 2015. On ne peut pas faire mieux en matière de sabotage de carrière, non? Ils en sont donc là. Livrés à eux-mêmes, ne sachant où donner de la tète. «Si erreur il y a, ce n’est pas à nous de payer le prix des erreurs de la Direction des concours de la Fonction publique. Nous ne saurions endosser le prix d’une telle organisation des concours. Si erreur il y a, alors nous ne comprenons pas que le communiqué d’admission  et sa date de signature figurent encore sur nos espaces fonctionnaires et nous empêchent par ailleurs de postuler aux autres concours professionnels, étant déjà admis. Et comme il fallait s’y attendre, à la suite de la publication du courrier d’admission, nous avons été remplacés à nos différents postes par nos supérieurs hiérarchiques, perdant ainsi nos acquis (chef de service, logement d’astreintes etc.). Nous ne sommes ni en formation ni à nos postes. Même si nous percevons nos salaires, il reste à savoir pendant combien de temps cela va durer, vu que nous sommes à la maison». Ne faudrait-il pas que la Fonction publique accorde une chance à ces jeunes gens qui ne demandent qu’à travailler? Si celle-ci reconnaît qu’elle a effectivement commis une erreur, l’erreur n’a-t-elle pas engendré des droits en faveur de ces jeunes gens qui ne sont pas à ignorer? Mais comme il est prévu, ce matin, une rencontre entre le ministre de la Fonction publique et plusieurs syndicats du secteur pour tabler sur certains problèmes, notamment celui-ci, qu’il aurait promis prendre à bras le corps, on attend de voir…!

J. N’GORAN ET MAHI MIKEUMEUNE, in L’Eléphant déchaîné n°446

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