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Les déguisements du nationalisme identitaire en Côte d’Ivoire.

En Côte d’Ivoire, le national-populisme ethniciste et tribaliste revendique la légitimité politique en vue de noyauter la démocratie et la République pour les briser et instituer un État communautaire ethniciste ou confessionnel.

Par Dr Alexis Dieth Professeur de philosophie
Par Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

En Côte d’Ivoire on se revendique de plus en plus des  ethnies, des tribus, des identités culturelles, des chefferies et des coutumes dans une perspective différentialiste de belligérance, d’exclusion et de rejet de l’autre. On se revendique de moins en moins de la République et de ses valeurs, de la liberté, de l’égalité et de la fraternité dans une perspective démocratique d’inclusion, et de reconnaissance de l’Autre.

Le nationalisme identitaire ethniciste et tribaliste ivoirien semble louvoyer mais son cap est fixé. Sous des déguisements divers, il poursuit opiniâtrement son projet politique nationalitaire.

Idéologie de légitimation politique d’une fraction de l’intelligentsia universitaire,  à l’assaut du pouvoir d’État au début des années 2000, le nationalisme identitaire antimoderniste  s’est substitué au nationalisme modernisateur et universaliste de la Ire République. Il a renversé le patriotisme républicain qui avait auparavant cours et qui tente de se reconstruire.

Il prétend désormais être l’idéologie pérenne et originelle de la Nation ivoirienne. Brouillant les pistes et mélangeant les genres pour semer la confusion dans les esprits, il se camoufle sous le masque de l’anticolonialisme, du souverainisme, de la résistance nationale aux tutelles étrangères.

Ce faisant, il s’abrite sous la face de lumière du nationalisme pour mettre en œuvre sa face sombre. Au moment où les identitaires ivoiriens de toutes les chapelles politiques sortent du bois à l’occasion des turbulences sociales qu’affronte le pays, il est vital et salutaire de dévoiler la supercherie et l’imposture contenues dans le nationalisme de type identitaire, afin de délégitimer ce visage politique de la domination endogène de classe.

Le nationalisme est typologiquement divers. Le nationalisme exprime la fidélité des membres d’une collectivité aux coutumes et aux identités primordiales définies par leurs particularismes car les collectivités culturelles primordiales sont des nations. Il existe un nationalisme fermé qui oppose, dans un sens exclusif, les identités à l’altérité, les particularismes à l’universalisme, et qui récuse et rejette les valeurs transculturelles. Ce nationalisme est de type identitaire.

Il existe par contre un nationalisme ouvert qui articule les identités et les particularismes à l’altérité, à l’universalisme et aux valeurs transculturelles. Ce nationalisme est républicain. Le nationalisme républicain résulte de l’unification de toutes les petites nations particulières qui transcendent leurs particularismes pour se reconnaître une appartenance commune dans une nouvelle forme politique : la Nation citoyenne, fille de l’État commun que ces peuples, rassemblés et unifiés sous les lois communes du droit positif, se sont donné. Le nationalisme, comme fidélité aux coutumes particulières, s’abroge et se dépasse alors au profit du patriotisme qui est la fidélité aux lois de l’Etat républicain comme patrie commune d’un peuple pluriel.

La méconnaissance de ces nuances facilite les tromperies. Soucieux de ratisser large en trompant le discernement de l’électorat,  les nationalistes identitaires  se proclament frauduleusement patriotes alors qu’ils en sont les antithèses incarnées.

Emblématique est la clarification apportée à ce propos en France par Jean-Luc Mélenchon. Anti-système et antilibéral, dénonçant le mondialisme, il récuse néanmoins sa proximité idéologique  avec la nationaliste Marine Le Pen. Répondant aux questions d’un journaliste qui avait listé de nombreuses mesures communes aux  deux programmes lors du 1er tour de la Présidentielle française, Jean-Luc Mélenchon avait répondu en ces termes avec le langage populaire qu’on lui connait « « Qu’est-ce que c’est que ce machin, comment vous osez comparer? […] Quoi que raconte Madame Le Pen, je vais vous dire ce qui me séparera à jamais d’elle […] Elle ne croit pas en la nation républicaine, parce qu’elle est pour la préférence nationale, parce qu’elle est pour le droit du sang, quand moi je suis pour le droit du sol […] Je ne suis pas un nationaliste, je suis un patriote, ça n’a rien à voir! ». Cf.http://www.lexpress.fr/actualite/politique/elections/melenchon-patriote-la-police-et-hamon-les-temps-forts-de-l-emission-politique_1882454.html

Le nationalisme est le contraire radical du patriotisme.  Il n’en demeure pas moins que, jouant sur la confusion, Marine Le Pen se définit comme patriote et souverainiste et qu’une association lancée par Florian Phillipot, son vice-président, se dénomme « alliance des patriotes » à l’instar des « jeunes patriotes » ivoiriens qui étaient des nationalistes identitaires anti-patriotes. Les organisations de jeunesse, bataillon de choc du FPI, le parti national-populiste identitaire ivoirien, se dénommaient « jeunes patriotes » alors qu’ils étaient en réalité des « jeunes nationalistes».

Il importe au plus haut de dénoncer cette confusion volontaire des genres pour sauvegarder la République et la démocratie en Côte d’Ivoire. Elle est la racine nourricière de la démagogie populiste. Elle abrite les contradictions intenables du discours national-populiste. Sa fonction est de tromper et de désorienter les électorats sur un point capital : La défense de la Nation entendue comme communauté des citoyens représentés par l’État républicain et de sa souveraineté. Le nationaliste prétend détenir le monopole du patriotisme. Il en est, en réalité, le fossoyeur car le patriotisme va toujours à l’État républicain alors que le nationalisme stricto sensu va aux communautés primordiales contre l’État républicain.

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