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Jonas Kouassi est fier de son pays d'origine, la Côte d'Ivoire, mais espère un jour obtenir la citoyenneté canadienne.

Il aime dire qu’il est né «sur une feuille de banane», en Côte d’Ivoire, mais depuis 2008, c’est au Canada que vit Jonas Kouassi. Ce retraité de 77 ans qui ne manque pas d’humour, a décidé de s’investir dans la vie communautaire de Montréal-Nord, pour mieux s’intégrer.

À la Maison culturelle et communautaire, à l’Accorderie, au conseil d’administration d’Un itinéraire pour tous, Jonas Kouassi est partout. Depuis qu’il a obtenu la résidence permanente en 2008, cet enseignant à la retraite est sur tous les fronts. «J’ai une devise. Un retraité qui reste là, les bras croisés, il finit vite au cimetière», dit-il.

Hyperactif, son implication dans le milieu communautaire lui tient à cœur. «En faisant du bénévolat, j’apprends à vivre comme les Canadiens. Cela me permet de rencontrer du monde. Je cherche à apprendre des erreurs du passé pour améliorer le futur. Je sais que dans ce pays, on peut rendre les hommes heureux», assure-t-il.

À la découverte du Québec

Si le vieil homme, encore plein d’énergie, sera toujours Ivoirien de cœur, la citoyenneté canadienne serait une belle victoire pour lui et surtout une récompense.

«Je veux être Canadien», lance-t-il avec détermination en rappelant qu’un jour, il a eu le privilège de s’asseoir sur le trône que venait de quitter la reine d’Angleterre, après une visite à Ottawa. «J’avais 17 ans. C’était mon premier voyage au Québec… Qu’on me choisisse, alors que j’étais noir, pour m’asseoir sur ce trône, c’était un honneur», se souvient-il.

À l’époque, il colle dans un petit carnet les paroles de l’hymne canadien. Ce cahier jauni par le temps, il l’a encore, et le feuillette avec délicatesse, pour ne pas en abimer les pages.

Ce souvenir a plus de 50 ans. En 1955, Jonas Kouassi, jeune scout élevé par les missionnaires protestants, part avec toute une délégation au Québec. Il débarque à Lachine, dans une famille d’accueil, chez qui il restera trois mois.

Durant ce séjour, le jeune homme visite le Québec. «En Côte d’Ivoire, les gens ont des rêves de voyage. Celui qui part comme j’ai eu la chance de le faire est vu comme un privilégié», se souvient-il, en montrant quelques clichés parus dans les journaux de l’époque.

On le voit torse nu, en train de discuter avec une jeune montréalaise. «Autrefois ça ne passait pas ! On m’a reproché de flirter… », se rappelle-t-il, encore un peu gêné.

Premières neiges

C’est finalement une autre Montréalaise qu’il aura charmée : Lise Morency, elle aussi jeune scoute. «On signait des autographes et on ajoutait notre adresse. J’en ai signé un nombre incalculable, dont un à Lise», raconte-t-il.

De cette brève rencontre, Lise Morency se souvient de cette délicate écriture qui l’avait alors poussé à commencer une correspondance avec Jonas Kouassi. «Mes parents s’étonnaient qu’un Africain puisse lire et écrire. Je lui ai envoyé une lettre, en lui demandant de me répondre pour que je puisse les confronter», raconte-t-elle en souriant.

Pendant longtemps, les deux complices vivent leur vie chacun de leur côté, tout en continuant de s’écrire. Lise Morency garde d’ailleurs toutes ces nombreuses lettres, dans une grosse boîte, tel un trésor.

En 2006, elle décide de passer du temps en Afrique, puis c’est Jonas Kouassi qui revient visiter le Canada. «J’y ai vu pour la première fois de ma vie la neige. C’était incroyable», se souvient-il, les yeux pétillants.

Quelques années plus tard, le couple se marie et Jonas Kouassi obtient la résidence permanente. Depuis, son engagement pour la communauté ne s’arrête pas à celle de Montréal-Nord. «Je voudrais créer une sorte de lien humanitaire entre le Québec et la Côte d’Ivoire, sensibiliser les gens à l’éducation des jeunes. J’aimerais pouvoir y envoyer des vêtements, du matériel, des fournitures scolaires», explique l’homme qui a d’ailleurs fondé une école à Lakota, dans son pays d’origine.

Baptisée Ahianot, du nom de sa mère, elle accueille aujourd’hui 1 600 élèves que le couple va parfois visiter. Il en profite à chaque fois pour passer le bonjour à de vieux amis. «Ils sont tous mous et me demandent comment je fais», s’exclame-t-il. Évidemment, Jonas Kouassi ne s’est pas privé de leur partager son secret.

journalmetro.com

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