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Pour Simone Gbagbo « Les tueries des femmes d’Abobo, c’est une pièce de théâtre »

Pour Simone Gbagbo, pourtant jugée sous le chef d’accusation de crime contre l’humanité, le massacre perpétré par des éléments de sa garde rapprochée contre des femmes à Abobo durant la crise post-électorale n’a pas existé. « Les tueries des femmes d’Abobo, c’est une pièce de théâtre » a-t-elle affirmée devant le tribunal à l’audience du Lundi 06 Juin 2016. Ce négationnisme cynique de l’ex-députée d’Abobo heurte l’entendement et la conscience de tout être humain normalement constitué.

La responsable politique de la commune d’Abobo, où fut perpétré ce massacre d’une barbarie insigne, ne se reconnaît pourtant aucune culpabilité politique envers les victimes, encore moins envers la population. Au-delà de la culpabilité pénale de Simone Gbagbo, qui doit être étayée par des preuves factuelles, ce négationnisme atteste sa culpabilité morale et politique. Le propos appelle sa damnation morale et politique et celle de la tendance dure du FPI, la tendance Sangaré dont elle est le héros

Dr Alexis Dieth Professeur de philosophie
Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

et la pasionaria. La violation des droits de l’homme et les agressions perpétrées contre la dignité humaine, dont le gouvernement de Laurent Gbagbo se rendit coupable, ne furent que la traduction temporelle des décisions internes de volontés intérieurement disposées à violer le Droit. Les crimes de masse, perpétrés sous le gouvernement Gbagbo, furent l’œuvre de libre-arbitres intérieurement disposés à s’affirmer dans l’opposition à la Loi en son expression originelle dans les Dix commandements. Cette intention criminelle ne peut pas être pénalement sanctionnée. Eprouver une intention criminelle n’est pas un délit judiciaire. Avérée, cette intention est néanmoins une circonstance aggravante lorsque le crime est étayé par les faits.

La violation temporelle concrète des droits de l’homme par un gouvernement, résulte de la disposition intérieure de ses membres à perpétrer une agression contre le Droit. Le respect temporel effectif des droits de l’homme par un gouvernement, procède de la disposition intérieure de ses membres à respecter le Droit. Telle est la racine morale de l’Etat de Droit et du Pouvoir démocratique. Ils reposent sur la capacité de rectitude intérieure des gouvernants en particulier et de tous les citoyens en général, sur leur aptitude à vouloir respecter le droit, à répondre d’Autrui, à se remettre en question, à se représenter la politique comme service d’autrui et engagement personnel pour le Bien public. Exercer la fonction de politicien en Démocratie n’est pas seulement représenter et défendre les intérêts particuliers d’une catégorie sociale. C’est être aussi capable de répondre de cette catégorie sociale et d’assumer envers elle et la Nation, la responsabilité politique et morale qu’exige la fonction de politicien.

Refusant d’assumer sa responsabilité politique comme députée envers les populations de sa commune et envers la Nation ivoirienne, dénuée de la moindre pudeur et de la moindre humanité comme l’atteste son négationnisme, Simone Gbagbo est politiquement et moralement coupable. L’éventuelle impossibilité d’établir les faits qui permettraient de l’inculper, son éventuel élargissement judiciaire suite à une grâce présidentielle possible ne sauraient annuler cette culpabilité qui se situe sur un tout autre plan.

Considérant que le massacre réel des femmes d’Abobo est une fiction, une pièce de théâtre montée par les victimes, niant la réalité des crimes des escadrons de la mort qui écumèrent Abidjan et dont elle fut l’inspiratrice, Simone Gbagbo tient un propos similaire à celui de Jean Marie Lepen niant la réalité des chambres à gaz nazies, considérant le génocide comme un détail de l’Histoire. Ces dénégations, ces falsifications qui évacuent les crimes de masse ont toujours traduit de la part de leurs auteurs une corruption intérieure de la personne qui échappe à la compétence de la justice pénale temporelle. La justice pénale temporelle punit les actes de barbarie perpétrés par un individu dans le temps et dans l’espace. Elle ne peut punir une mentalité barbare. L’éventuel élargissement judiciaire de Simone Gbagbo et de ses pairs, ne saurait donc annuler leur culpabilité relativement à leurs manquements politiques et moraux. L’incapacité de prouver par les faits qu’ils sont les inspirateurs ou les auteurs des crimes qui leurs sont imputés ne signifie guère leur innocence politique et morale.

Leur négationnisme scandaleux appelle au contraire intemporellement leur damnation politique et morale. Il prouve que, sans être les suppôts incarnés du Diable, ils sont imperfectibles car radicalement corrompus dans la volonté. Cette damnation intérieure les disqualifie politiquement, d’un point de vue formel. Elle dessine clairement un pedigree antirépublicain. Elle campe le profil du fléau des Cités.
L’homme est un animal de la Polis, un animal de la Cité, un être politique au sens où il vit nécessairement avec d’autres hommes dont il répond. La coresponsabilité définit le citoyen de la société démocratique. L’aptitude à répondre d’autrui et à être compassionnel définit le politicien professionnel dans les Etats démocratiques. Dans l’histoire de l’humanité, l’égocentrisme radical, l’incapacité à répondre d’Autrui, le manque de compassion et l’inhumanité ont été au contraire, les traits de caractères spécifiques, des brigands, des dictateurs, des despotes et des tyrans. Ce sont les attributs spécifiques de l’Etat dictatorial. Ce pedigree oblige à mettre en question la prétention de Simone et de Laurent Gbagbo et de leurs partisans à être, en Côte d’Ivoire, les initiateurs et les combattants de la Démocratie et de l’Etat de droit.

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