Accueil Décryptage

Côte d’Ivoire : Hausse des tarifs de l’électricité, L’implication avérée du FMI

PARTAGER
Christine Lagarde a demandé à la Côte d’Ivoire de réduire sa subvention au secteur de l’énergie

Christine Lagarde a demandé à la Côte d’Ivoire de réduire sa subvention au secteur de l’énergie

Le Premier ministre Daniel Kablan Duncan a rendu public, le vendredi 13 mai dernier, les dispositions arrêtées par le gouvernement ivoirien suite à l’augmentation du prix de l’électricité. Il aura tenté, par la même occasion, de nier l’implication du Fonds monétaire international (Fmi) en ce qui concerne les décisions ayant occasionné cette hausse. Pourtant, les discours tenus par la patronne de l’institution Christine Lagarde nous amène à penser le contraire.

Le vendredi 13 mai dernier, le Premier ministre Daniel Kablan Duncan a dévoilé les mesures prises par le gouvernement ivoirien, suite à la hausse des tarifs de l’électricité.
Concernant les abonnés en basse tension (domestiques et professionnels), il a été décidé de l’annulation de la hausse tarifaire de 5% de janvier 2016 pour tous les abonnés. Avec le remboursement des montants payés au-delà des 10%, sur la période de juillet 2015 à mars 2016.
Pour les abonnés en moyenne et haute tension (les clients industriels), il est prévu les remboursements des paiements effectués au titre des changements de plages horaires à compter de janvier 2016. Sur la période de janvier à mars 2016, le remboursement des paiements effectués au-delà de l’augmentation de 10% autorisée est également annoncé.
En outre, le Premier ministre a révélé l’adoption d’une nouvelle grille tarifaire permettant d’appliquer intégralement les instructions du Chef de l’Etat.
Les montants des avoirs seront communiqués aux intéressés à partir du lundi 23 mai prochain, a soutenu Kablan Duncan.
Par ailleurs, d’autres mesures seront également mises en œuvre dans le sens du renforcement rapide de capacité de protection d’électricité qui doit passer de 2000 MW à 40000 MW en 2020. Egalement de l’amélioration du mix énergétique, notamment par le développement de l’énergie hydro-électrique et les énergies renouvelables (Biomasse, solaire). Sans oublier le renforcement et de l’intensification de la lutte contre la fraude et l’amélioration des rendements techniques, 71% en 2011 à 79% en 2015 à 87% en 2018 et de la mise en place d’un programme d’économie d’énergie tant pour l’administration, l’éclairage public que pour les ménages.
Enfin, le chef du Gouvernement ivoirien a soutenu que «ce n’est pas le Fonds monétaire international qui a demandé l’augmentation du prix de l’électricité. Elle devait intervenir en 2016. C’est une décision de la Côte d’Ivoire afin d’augmenter la marge des bénéficiaires ». Précisant au passage que l’institution de Breton Woods n’intervient pas dans le secteur de l’électricité en Côte d’Ivoire. Toute chose qui, somme toute, est bien loin de la réalité.

Ces déclarations de Christine Lagarde…

De nombreux éléments montrent bien que l’atteinte de l’équilibre financier dans les secteurs de l’énergie et par conséquent de l’électricité ont été toujours les chevaux de bataille du Fmi.
Lors de son discours à l’hémicycle ivoirien, à l’occasion de sa visite en Côte d’Ivoire en janvier 2013, le Directrice générale du Fmi avait pointé du doigt les subventions accordées à certains secteurs dont celui de l’énergie.
« Relever le défi de l’inclusion implique des actions multiformes. Cela passe certes par l’investissement dans le capital humain et dans l’emploi, comme je viens de l’évoquer, mais aussi par de solides dépenses sociales, notamment pour atténuer les souffrances des citoyens les plus démunis. Cela doit toutefois aller de pair avec une réduction des dépenses dans les domaines où la dépense publique n’est pas très performante, comme les subventions aux prix de l’énergie. Ces types de subventions ont des effets négatifs sur le budget, l’efficience économique, l’équité et l’inclusion et sur l’environnement » avait déclaré Christine Lagarde devant les parlementaires ivoiriens. Même son de cloche, lors de son discours par vidéoconférence lors de l’ouverture du Forum Investir en Côte d’Ivoire ICI 2014, tenu en février de cette année.
Pour la Directrice générale du Fmi, les subventions accordées au secteur de l’énergie n’étaient pas performantes. D’où la nécessité de les réorienter vers des dépenses sociales afin de favoriser l’inclusion en faisant bénéficier directement les populations des fruits de la croissance économique.
C’est même cette ligne qui a guidé les relations avec l’institution de Breton Woods pendant l’exécution de l’accord au titre de la facilité élargie de crédit (Fec) du Fmi en faveur de la Côte d’Ivoire pour la période 2011-2015.

Le FMI en a fait une exigence dans les réformes

Souvenons nous que la Côte d’Ivoire avait conclu en 2011, un accord au titre de la facilité élargie de crédit (Fec). En vertu de cet accord triennal ayant couvert la période 2011-2015 (ayant pris fin le 31 décembre 2015), la Côte d’Ivoire a pu bénéficier d’un total des décaissements d’environ 660,84 millions de dollars (environ 350 milliards de Fcfa) en appui budgétaire de la part du Fmi.
Et sur la question, il faut noter qu’un accord au titre de la Fec demeure quelque peu contraignant pour le pays bénéficiaire en termes de réformes structurelles.
En réalité, la réforme du secteur de l’électricité en vue de l’atteinte de l’équilibre financier, induisant un arrêt des subventions, constituait l’une des exigences du Fmi.
Et sur la question, la mission du Fmi conduite par M. Michel Lazare, sous-directeur au département Afrique de l’institution, ayant séjourné à Abidjan du 9 au 25 septembre 2015 dans le cadre des discussions relatives à la huitième et dernière revue du programme économique et financier du gouvernement ivoirien appuyé par un accord au titre de la Facilité élargie de crédit (Fec), s’était félicité, dans un rapport publié en décembre 2015, de certaines réformes accomplies par le gouvernement ivoirien en matière d’électricité.
Ainsi dans son rapport pays sur la Côte d’Ivoire N° 15/341 de décembre 2015, précisément à la page 9, le Fmi déclare ceci : « (…) Des progrès ont été réalisés concernant le renforcement d’autres domaines dans l’agenda des réformes structurelles des autorités ivoiriennes : (i) dans le climat d’affaires avec le remboursement rapide des crédits de TVA; (ii) dans le secteur financier avec la liquidation de l’une des banques publiques, le placement de la banque d’épargne (CNCE) sous administration provisoire, et l’annonce de la privatisation d’une autre banque publique ; et (iii) dans le secteur de l’électricité avec la décision du gouvernement d’augmenter les tarifs d’électricité d’environ 10% en juillet 2015, qui sera suivie d’augmentations en janvier 2016 et janvier 2017, avec un examen annuel de la nécessité de procéder à d’autres majorations ».
Il est donc évident que le Fmi est impliqué dans la recherche du l’équilibre financier du secteur de l’électricité devant occasionner un arrêt des subventions et une hausse des tarifs.
Cependant soulignons que l’objectif de l’institution de Breton woods n’était nullement de favoriser la cherté de la vie, mais plutôt de dégager des moyens supplémentaires affectés aux dépenses sociales.

Préparer le terrain du Fmi

La sortie du chef de gouvernement répond à des enjeux stratégico-économiques. Le gouvernement ivoirien souhaite conclure un nouveau programme économique et financier triennal pour pouvoir bénéficier des financements du Fmi. C’est en vue de financer le Pnd 2016-2020 qui s’élève à environ 30.000 milliards de Fcfa. Et face à la morosité des marchés financiers internationaux, poussant les autorités ivoiriennes à renoncer, pour cette année, aux Eurobonds, le gouvernement ivoirien est bien décidé à solliciter l’appui financier du Fmi.
A cet effet, une mission est prévue pour le mois de juin prochain. On comprend donc que Daniel Kablan Duncan avait pour  objectif, de dédouaner le Fmi, concernant ce sujet brulant. Et ce, dans l’optique de ne pas gêner la prochaine mission du Fmi, au mois de juin, sur les bords de la lagune ébrié.

Paul Allé KOUADIO

fric-afrique

REAGISSEZ A CET ARTICLE

Laisser un commentaire