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Assoa Adou

Côte d’Ivoire : la curieuse condamnation du pro-Gbagbo Assoa Adou

Il a échappé à une liste de chefs d’inculpations comprenant les accusations de complot contre l’Etat, détention illégale d’armes, organisation et financement de bandes armées et complicité d’attentat. Et pourtant, c’est pour l’accusation moins lourde de « trouble à l’ordre public » qu’Assoa Adou a été condamné à quatre ans de prison. Une requalification des faits qui dépasse les compétences de la cour d’Assises, dénoncent ses avocats. C’est à peine s’ils dénoncent une décision téléguidée par une justice aux ordres du pouvoir d’Alassane Ouattara pour écrouer un pro-Gbagbo.

Surprenante ! La décision rendue par la Cour d’Assises d’Abidjan a laissé pantois les avocats de la défense. A la surprise générale, Assoa Adou, leur client a été condamné à quatre ans de prisons mais pas pour les faits qui lui ont valu son incarcération depuis deux ans avec rejet de ses demandes de liberté provisoire.

Chefs d’inculpations requalifiés pour aboutir à une condamnation

Dans son verdict de ce mercredi 18 juillet, la juge Émile Kouamé, a condamné ce médecin de 72 ans, originaire de Sankadiokro, dans le centre-est de la Côte d’Ivoire, pour « trouble à l’ordre public ». La liste des chefs d’accusation comprenait « le complot contre l’Etat », la « détention illégale d’arme », l’« organisation et le financement de bandes armées » et la « complicité d’attentat ». Le procureur avait d’ailleurs requis 10 ans de prison pour ces faits.

« Quand il n’y a rien, il n’y a rien. Trouble à l’ordre public n’a jamais existé dans l’arrêt d’accusation. Pour des raisons, je pense de pressions politiques, la Cour ne peut pas le laisser rentrer chez lui, on décide de le condamner. Mais il y a un problème, c’est que la Cour d’assises n’a pas compétence pour requalifier », a commenté Me Rodrigue Dadjé, l’avocat de la défense au micro de RFI.

Après plusieurs reports, les requêtes rejetées des avocats clamant le vice de procédure, le procès d’Assoa Adou et de ses sept co-accusés s’est rouvert jeudi 13 juillet dernier pour se solder par cette étrange condamnation. « […] comme il fallait sauver la face de l’Etat de Côte d’Ivoire pour ne pas qu’ils aient honte, bien évidemment, il a été condamné pour troubles à l’ordre public », subodore Me Dadje.

Le verdict, une chasse aux pro-Gbagbo?

S’il avait pressenti cette fin peu glorieuse, Assoa Adou n’aura peut-être jamais effectué son retour au bercail. En 2010-2011, dans une Côte d’Ivoire en pleine crise post-électorale, cet ancien ministre des Eaux et Forêts sous l’ancien régime fuit vers le Ghana.

A la veille de Noël 2014, cet homme de la vieille garde de Laurent Gbagbo avec qui il a contribué à lancer dans la clandestinité, le Front populaire ivoirien (FPI) en 1982, décide de rentrer d’exil sur fonds de tractations politiques destinées à solder la crise. Mais, il est arrêté en pleine nuit en janvier 2015 et maintenu en détention.

Ce mardi 18 juillet, après trois heures de délibérations, il a été condamné pour un fait sorti ex-nihilo. Sa peine plus clémente que ses co-accusés qui écopent de trois à dix ans de prison, est interprétée comme une façon de condamner ce pro-Gbagbo à la suite de l’ex-première dame Simone Gbabgo, condamnée à 20 ans de prison.

Les avocats crient à la « décision politique » et indiquent qu’ils vont se pourvoir en cassation pour stopper ce qu’ils dénoncent comme un acharnement du pouvoir contre tous les proches de l’ancien président.

 Par Ibrahima Bayo Jr. 

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