Come Back, tic tac et tactique !

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Come Back, tic tac et tactique !

La chaleur est là, étouffante, écrasante. Et puis, à y regarder de plus près, on aperçoit une tendance, voire une dynamique. Les dates et les événements s’entrechoquent ; les attentats de Grand Bassam, les tueries de Bouna, la sortie du rapport de la CONARIV, les 70 ans du PDCI , la « prise » de GBAGBO, la fin de l’embargo, le dégel des biens de la fameuse « liste »,… le 1er Mai, un temps à faire perdre la parole à notre désormais « Bruno » national, symbole de la vie chère, de la méconnaissance du sujet qu’il est sensé gérer (l’internet et son écosystème), sa sociologie et ses membres de toutes couches socio-professionnelles (dont la plupart sont actifs) et pas des « cyber activistes » une expression des années 90 qui en dit long sur le retard. Même le Pylône du désormais Orange ne tient plus debout, en cette journée qui célèbre la liberté de la presse, les radios internationales en Côte d’Ivoire sont coupées ! Décidément quand ça ne va pas tout s’enchaîne.

En réalité, la crise sociale est installée, et, pour celles et ceux qui y croyaient encore, une crise citoyenne se développe. « Ils n’ont toujours pas compris et tentent de faire diversion » entend-t-on ça et là. A l’arrogance se mélange les fortes probabilités de corruption au grand jour. Le patron l’a dit « il découvre ».

Donc qui gère ? On lui cache des choses ?  

maxresdefaultRappelez-vous, 2006, 2008 et bien sûr 1999 dans un parfum plus local. #les200 sont devenus 2 millions, ils votent, travaillent et n’ont pas besoin d’un Community manager qui ne connaît pas Facebook, pour tenter une « riposte ». L’affaire ne peut en rester là.

Dans un contexte de second mandat qui réserve décidément bien des surprises et qui a débuté avec des affaires téléphoniques, on se demande si quelqu’un maitrise quelque chose tant les imprévus remettent en cause le programme et les alliances annoncées. Les lignes bougent et démontrent encore une fois que tout est possible en Politique et surtout en Côte d’Ivoire. On nous avait parlé de quatre objectifs cette année, l’air de rien, sans forcément se demander ce qu’on en pensait : un référendum, une révision constitutionnelle, des élections législatives et le retour à la maison des dissidents du PDCI. On attend toujours. Et il semble que l’ancien Président de la cour constitutionnelle, Francis Wodié, fasse son retour sur la scène publique pour nous inviter à la prudence.

La classe politique ivoirienne a toujours été sensible aux dates, davantage tacticienne que stratégique, action, réaction, tic-tac, tic-tac.

Tenez, prenez ce beau poisson d’avril à  la une d’un magazine français qui mettait en avant une brochette de jeunes gens qui aiment la lumière et prétendent à on ne sait quoi.

Sans doute Mamadou KOULIBALY et Guillaume SORO échappent t-ils, pour des raisons diverses, à cette règle depuis, disons, 2002. Ayant en commun de connaitre ce que veut dire la gestion de crise et le fait d’être des dauphins constitutionnels.

Ils sont du Nord, ont des parcours et des formations différentes, des idéaux, parfois divergents, mais ils se rejoignent sur des questions de probité et de vision nationale, qui échappent aux paradoxes de la première lecture et des moyens employés pour parvenir à la magistrature suprême.

 Guillaume Soro se refait

Présider l’Assemblée et faire voter les lois dépend bien entendu du contenu des lois, de leurs portées, et de la composition de l’assemblée et sa représentativité auprès de la nation. Nos deux présidents ont également le point commun d’avoir eu à « gérer GBAGBO ». Les dates, les alliances, la constance, les circonstances, le tempo….toujours et encore.

Le Président de l’Assemblée nationale en exercice, vient de remporter deux victoires. Tout d’abord une image de réconciliation devant une « agora » de jeunes amateurs de zouglou habitués aux tribunes, et l’annulation en direct, hors  justice, d’un palabre ayant conduit à un arrêt d’amené.

soro-une-692x360Moins d’une semaine après, un second temps fort avec, dans la même journée, un double symbole : les mandats d’arrêt internationaux lancés par la justice burkinabè contre le président ivoiro-burkinabé déchu (mais pas de sa nationalité) et notre dauphin national tombent aux oubliettes… pour l’instant.

Double coup Ko, le jour où les sanctions contre la Côte d’Ivoire, et l’embargo militaire, sont annulés par l’ONU. En une semaine, tout s’annule et se neutralise. Du jamais vu. Et pour couronner le tout, le Président de l’Assemblée, devient président de la conférence Afro-arabe.

En l’absence de parti et d’un budget conséquent, les élections présidentielles sont difficiles à remporter. Mais il ne suffit pas de gérer son image et s’adosser aux trois partis en présence, morcelés et qui ne résisteront ni au départ de leur chef, ni à la guerre des egos qui a déjà débuté.

Alors que les leaders du RDR et du PDCI peuvent se le permettre, les suiveurs ne disposent pas de la légitimité et du leadership nécessaires.  Les gendres de Tonton GOMIS, Messieurs TANOH et BILLON tentent un positionnement et un come-back. Hamed BAKAYOKO est affaiblit après Grand Bassam et les rumeurs sur ses affaires et l’origine de sa fortune.

A ce jeu, Monsieur SORO est autrement plus représentatif et plus préparé. Il a par ailleurs mené deux guerres.

Scandez-nous ces scandales !

La classe politique ivoirienne est devenue un club d’hommes d’affaires plus qu’un réservoir qui prépare, comme par le passé, de potentiels hommes d’Etat en mission du service public.

Combien de scandales, combien de mélange de genre, combien d’abus de position et de trafic d’influence couvent ou ont déjà éclaté au grand jour ? Qui peut encore démontrer que son patrimoine est en lien avec ses revenus officiels, si tant est qu’ils soient déclarés ? Qui peut croire à l’aboutissement des missions de l’IGS et à la conformité des déclarations faites à la haute autorité de la Gouvernance ? Il suffit de regarder autour de soit et d’écouter. Avec quel argent ?

L’impunité est le grand mal ivoirien. Pendant ce temps là, chacun se cherche, avec ou sans 2 dollars par jour, avec ou sans classe moyenne, avec ou pas un repas par jour.

Qui peut également prétendre que ses avoirs sont à l’abri d’une enquête, nationale ou internationale ou d’une traçabilité dont seules les grandes puissances peuvent se doter et l’activer le jour où les intérêts et les rapports de force changent ? Comment expliquer au 21èmesiècle que le secteur économique doive passer par la sphère politique pour faire des affaires ?

Comment légitimer les pratiques ivoiriennes et prôner l’émergence ? Comment justifier qu’en 2016 on ne s’en étonne même plus, sauf à être Ivoirien et travailler à l’étranger dans un environnement « normal » ? Où se situe la frontière entre les affaires publiques et les affaires « tout court » ?

Dans un contexte de mélange des genres permanent, les mêmes effets provoquent les mêmes causes et la réalité ne peut être conforme aux rêves annoncés.

Mais que nous réserve-t-il ? 

Il est vrai qu’il est à la mode de viser le Président de l’Assemblée, et de se parer d’une amnésie variable. Le frétillant Adama BICTOGO et sa démarche inimitable, a beau jeu de tancer la reconnaissance accordée par bons nombres d’ivoiriens au choix  de Guillaume SORO de démissionner en 2010 de son rôle de Premier Ministre pour rejoindre notre PRADO. Mais, dans les faits, qu’on aime ou que l’on aime pas : qui a pris le leadership sur les opérations armées face aux ex FDS ? Qui l’a refait à trois occasions depuis, aux frontières, lors des grognes des soldes impayées et plus récemment à l’occasion des attentats de Grand Bassam ? Qui assurait la sécurité du Président de la République du Golf ?

Mais au fait, s’il est vrai que le scandale de l’Université était encore plus « gros », pardon, il faudrait expliquer à l’Ivoirien nouveau quelle est la recette pour devenir businessman, prendre tous les marchés, et être spécialiste de la biométrie, des transports lagunaires, propriétaire d’entreprise de distribution de la presse et biens d’autres secteurs. Le tout en deux ans !

La résistance est donc devenue depuis 1999, une valeur cardinale ivoirienne. A la manière de son mentor, le cadet de la république n’a jamais été aussi puissant que le dos au mur, rappelant  qu’il a été de tous les combats, prenant récemment position sur la crise des universités.

Pur produit de la politique ivoirienne, option filière estudiantine, adulé par les uns, détesté par les autres, il est au fait de la stratégie, des situations difficiles et de la sociologie ivoirienne. Son parcours politique l’a hissé au rang de présidentiable après avoir négocié et coopéré avec les trois derniers présidents de la Côte d’Ivoire.

Rien n’écarte l’hypothèse que le Président de l’Assemblée ne soit déjà prêt et choisisse le bon moment. 70% de la population ivoirienne a moins de 35 ans, ce sont eux la cible. Très connecté médiatiquement, il a progressé sur le terrain diplomatique international et les prochaines élections américaines risquent de lui être favorables, la pression de la CPI sera plus gérable avec un simple compromis. Reste à se positionner davantage sur le terrain économique et à se doter d’une réelle dream team pour cette prochaine étape avec ou sans parti politique, à la mode MACRON, transverse, trans-courant, trans-générationnelle et trans-ethnique.

2020 (ou 2025), c’est maintenant ? 

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A l’évidence et qu’elle que soit la vérité sur le coup d’Etat de 2002, si ADO a pu (con)vaincre, SORO ne peut que mieux faire. Ils sont indissociables et la présence de Blaise COMPAORE sur le territoire ivoirien n’est évidemment pas une coïncidence, une provocation qui dépeint la sérénité ambiante.

SORO est un personnage central de la politique ivoirienne et désormais incontournable. N’est-ce pas lui qui accueillait son homologue chinois alors que le Burkina réclamait sa présence ?

Aucune personnalité n’a, de manière individuelle aujourd’hui en Côte d’Ivoire, plus de poids et plus d’affinité avec la sociologie électorale que lui. Le résultat des deux dernières élections ivoiriennes l’a démontré, quels que soient les arrangements qui ont fait perdre BEDIE en 2010 et les taux de participations arrangés en 2015, SORO concentre la plus importante expérience des 15 dernières années en matière de gestion de l’Etat et de son administration.

Certains prétendent qu’il pèserait 20 à 25 % à lui tout seul avec un taux de participation moyen de 40%. On le sait, le triangle électoral ivoirien est dépendant du vote « ethnique » et urbain. Le fameux « V baoulé » ne voulait pas entendre parler de « voter pour un mossi ».

Et pourtant… Six ans plus tard et quelques bougies, Le PDCI septuagénaire, opère un premier 180e, refusant de jouer les arbitres, fort de son ancrage et d’un RDR moribond et sans réelle parole.

Tout le monde étant désormais ivoirien, le simple refus de répondre au commandement de la CPI concernant Simone GBAGBO et le soutien inconditionnel du Président en exercice à son égard, après deux mandats contre lui, démontre une fois de plus son rôle central dans l’échiquier.

La campagne électorale a commencé le jour de la diffusion des bandes sonores, au moment où le Président fraîchement plébiscité, était en vacances. Personnes d’autres n’aurait pu résister à une pareille attaque, ce qui démontre que le contenu, s’il était vrai, ne serait pas une révélation en soit.

Qui en avait intérêt ? Un potentiel candidat menacé ? Une troisième voie qui s’active et souhaite neutraliser d’autres candidats ou les deux « loubards »? (BAKAYOKO est également incriminé dans les enregistrements).  Les intérêts d’une telle attaque et la technique utilisée sont déjà identifiés.  L’attaque n’a-t-elle finalement pas renforcé la position du numéro deux de l’Etat ?

L’émergence électorale ne fait que commencer, dans un contexte où la crise sociale risque de dépasser les éléments de langage.  Qui parlera en premier dans ce marigot ou chacun semble se tenir ?

lessentiel.ci

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