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Alpha Condé répond au président français

« J’ai dit l’an dernier à Abidjan, que nous devrions couper le cordon ombilical, et cela a suscité un tollé ».

Alpha Condé répond au président français : « Non, M. Macron, la démographie africaine est une chance »

Le silence du président guinéen, président en exercice de l’Union africaine, Alpha Condé, n’aura finalement duré que quatre jours. Une éternité, quand on connaît l’habituelle réactivité du professeur Alpha Condé, surtout quand il se sent piqué au vif. Répondant à une question d’un journaliste, au dernier sommet du G8, le président français, Emmanuel Macron, s’était fendu d’une réponse décapante, qui a jeté la controverse, incriminant la démographie galopante en Afrique comme responsable du retard du continent noir.
«Le défi de l’Afrique, il est totalement différent. Il est beaucoup plus profond, il est civilisationnel aujourd’hui. Quels sont les problèmes en Afrique ? Les États faillis, les transitions démocratiques complexes, la transition démographique qui est, je l’ai rappelé ce matin, l’un des défis essentiels de l’Afrique. Quand des pays ont encore aujourd’hui 7 à 8 enfants par femme, vous pouvez décider d’y dépenser des milliards d’euros, vous ne stabiliserez rien».
Le 12 juillet, bien assis dans son palais de Sekhoutoureya à Conakry, le Président guinéen a répondu sèchement aux propos de son homologue français.
« C’est malheureux ce que le Président français a dit au sujet de la démographie africaine. Quand vous parlez de démographie galopante, c’est du Malthusianisme, les naissances, c’est une chance pour nous. Aujourd’hui, les autres continents nous envient notre démographie, parce que ce sont des peuples vieillissants. Regardez l’Allemagne, elle est obligée d’importer de la main d’œuvre immigrée, parce que sa démographie est en forte baisse. Au contraire, en Afrique, la démographie est une chance. En 2050, nous aurons en Afrique, autant de population que la Chine et l’Inde réunies.
Notre jeunesse est notre avantage. Donc, nous devons nous approprier notre propre langage en fonction de ce que nous voulons pour l’Afrique. La révolution doit commencer au niveau même du langage, du vocabulaire que nous employons. Notre jeunesse, c’est notre chance, et dans ce monde où la croissance économique sera de plus en plus tirée par l’économie numérique, notre jeunesse montre, par ses talents et son génie dans le domaine du numérique, qu’elle n’a rien à envier aux jeunes d’autres continents, bien au contraire. Apprenons à être autonomes, majeurs. J’ai dit l’an dernier à Abidjan, que nous devrions couper le cordon ombilical, et cela a suscité un tollé. Il nous faut pourtant apprendre à être autonome, à réfléchir par nous-mêmes, à décider nous-mêmes de ce qui est bon pour nous, sans attendre de savoir ce qu’en pense tel pays ou tel autre. Est-ce que ces pays nous consultent quand ils prennent leurs décisions ? Pourquoi devrions-nous donc tenir compte de ce qu’ils pensent avant d’agir ? Quand la France ou tout autre pays européen organise ses élections, est-ce que les Africains exigent de les observer ? Pourquoi alors devraient-ils exiger d’envoyer des observateurs électoraux chez nous ?», s’est interrogé le Président guinéen, qui recevait une mission d’hommes d’affaires ivoiriens présents à Conakry dans le cadre d’un Forum économique ivoiro-guinéen, le premier du genre après plus de cinq décennies d’indépendance.

‘Nous avons mis du temps pour comprendre qu’il fallait que nous nous mettions ensemble, pour booster les échanges entre nos deux pays, entre les pays africains. C’est là que réside notre salut, dans la solidarité africaine. Personne ne viendra développer l’Afrique à la place des Africains », a conclu le président en exercice de l’Union africaine.
Valentin Mbougueng, envoyé spécial à Conakry

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