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Nelson Mandela trahi par la CIA?

« C’était un jouet de Moscou, il aurait pu provoquer une guerre, il devait être arrêté »

Un ancien agent de la CIA a affirmé au réalisateur britannique John Irvin avoir joué un rôle-clé dans l’arrestation en 1962 de Nelson Mandela en communiquant à la police sud-africaine des détails sur ses déplacements, rapporte le Sunday Times.

Donald Rickard, cet ancien agent américain, était à l’époque le vice-consul américain à Durban et aurait travaillé pour la CIA jusqu’en 1978.

Selon le journal dominical britannique, il a fait ces révélations en mars, deux semaines avant de mourir, au réalisateur qui les a enregistrées alors qu’il travaillait sur son film Mandela’s Gun.

Ce film, qui traite des derniers mois de liberté de l’icône anti-apartheid avant son arrestation et son incarcération pendant 27 ans, doit être présenté cette semaine au Festival de Cannes.

Un article de James Sanders, qui dit que John Irvin lui a demandé d’enquêter sur ces éléments, rapporte que le réalisateur s’est rendu aux États-Unis en début d’année pour interviewer Donald Rickard.

L’ex-agent a alors expliqué au réalisateur la façon dont Nelson Mandela a été arrêté alors qu’il avait quitté Johannesbourg pour se rendre à Durban, sans préciser comment il était au courant de ses déplacements.

«J’ai découvert quand il descendait (à Durban: NDLR) et comment il s’y rendait… c’est sur ce point que j’ai été impliqué et c’est là où Mandela a été attrapé», a déclaré Donald Rickard, d’après le journal.

Toujours selon le Sunday Times, il a ajouté que Nelson Mandela était «complètement sous le contrôle de l’Union soviétique». «Il aurait pu provoquer une guerre en Afrique du Sud, les États-Unis auraient dû s’y impliquer à contrecoeur et les choses auraient pu mal tourner.»

«Nous étions au bord du gouffre et il fallait que ça cesse, ce qui signifiait que Mandela devait être arrêté. J’ai mis un terme à cela», a conclu M. Rickard.

Nelson Mandela dirigeait la branche militaire du Congrès National Africain (ANC). Ce parti anti-apartheid est au pouvoir en Afrique du Sud depuis les premières élections post-apartheid en 1994. Nelson Mandela a été arrêté le 5 août 1962 et condamné à la prison et aux travaux forcés à perpétuité. Il a été libéré en 1990 et est ensuite devenu le président d’Afrique du Sud entre 1994 et 1999. M. Mandela est décédé en 2013 à l’âge de 95 ans.

Interrogé dimanche par l’AFP, l’actuel porte-parole de l’ANC, Zizi Kodwa, a qualifié d’«accusation grave» les allégations de Donald Rickard, tout en affirmant qu’il n’y voyait rien de nouveau.

«Nous avons toujours su que certains pays occidentaux collaboraient avec le régime de l’apartheid», a déclaré M. Kodwa. Bien que cet incident ait eu lieu des années auparavant, selon lui, la CIA interfèrerait toujours dans les affaires politiques de l’Afrique du Sud.

«Nous avons récemment noté qu’on tente toujours de faire du tort au gouvernement de l’ANC, élu démocratiquement», a affirmé le porte-parole. «Cela se produit encore de nos jours; la CIA collabore toujours avec ceux qui veulent un changement de régime», a encore accusé le politicien.

Contactée par l’AFP, la CIA a refusé de commenter.


L’ANC réagit après les révélations sur l’arrestation de Nelson Mandela

nelson-mandela-election-victory-ok_0Le journal Sunday Times révèle le témoignage de l’ancien espion américain Donald Rickard, qui s’est confié au réalisateur britannique John Irvin peu avant sa mort. Ex-vice-consul à Durban, il aurait transmis des informations sur les déplacements de Nelson Mandela, alors dirigeant de la branche militaire du Congrès national africain, à la police de l’apartheid, conduisant à son arrestation en 1962. Pour l’ANC, le parti au pouvoir en Afrique du Sud, ces révélations ne sont rien de moins que la preuve des manœuvres de l’Occident pour déstabiliser les régimes politiques dans la région.

Pour le porte-parole de l’ANC (Congrès national africain), la situation est claire : les révélations sur l’implication de la CIA dans l’arrestation de Nelson Mandela « confirment que (l’Occident) conspire contre (l’Afrique du Sud ), y compris aujourd’hui ». Le parti au pouvoir y voit « la confirmation qu’il ne s’agit pas d’une théorie du complot, mais d’un motif récurrent à travers l’Histoire ».

Ce n’est pas la première fois que des membres de l’ANC portent ce genre d’accusations contre les puissances occidentales. Pas plus tard que la semaine dernière, le secrétaire général de l’ANC a déclaré que l’opposition zimbabwéenne était instrumentalisée par l’Occident pour renverser Robert Mugabe. Gwede Mantashe a même estimé que le même processus semblait à l’œuvre actuellement en Afrique du Sud « où les institutions démocratiques semblent soudain être mises en danger par l’ANC ».

« Paranoïa »

Ces propos ont été vivement dénoncés par l’opposition sud-africaine, qui critique « la paranoïa » du parti au pouvoir. En invoquant des manœuvres extérieures, l’ANC tente de justifier ses échecs et de fuir ses responsabilités selon l’opposition.

En février, le secrétaire général de l’ANC avait déjà porté des accusations frontales contre l’ambassade des Etats-Unis à Pretoria, accusée de former des espions sud-africains pour son compte. Des accusations tournées en dérision par l’ambassadeur américain.

RFI

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