PARTAGER
Comme un aéronef traversant des vents contraires ou comme un navire balloté par les flots démontés, la Côte d’Ivoire traverse en ce moment  de violentes turbulences qui menacent de la précipiter au sol ou dans les abîmes, et vous en êtes les pilotes.
Vous devez la diriger en respectant le carnet de bord de son régime politique afin de la conduire à bon port jusqu’à l’élection présidentielle de 2020 et au delàLa démocratie ivoirienne étant multi-partisane, vous en êtes, en tant qu’agents de liaison entre la société civile et la société politique, les maillons centraux dont dépendent l’équilibre et la pérennité de la Cité. Votre responsabilité devant la Nation est donc colossale et entière.
Le régime de la démocratie républicaine, sous lequel nous sommes censés vivre dans notre Etat, impose aux acteurs politiques d’ajuster leur manière de penser  et leurs  conduites  aux valeurs et principes  du nouveau régime. Les habitudes acquises sous le régime de la démocratie de parti unique doivent être révoquées sous le régime de la démocratie multi-partisane.
La réappropriation des valeurs et des principes de la démocratie républicaine par les dirigeants ivoiriens est un impératif politique vital. Recourons à une métaphore informatique pour éclairer notre propos, relativement à la problématique de cet ajustement vital. Le logiciel fonctionnel  du régime de parti unique doit être impérativement désinstallé  au profit du logiciel du nouveau régime au risque d’y générer de graves disfonctionnements. ll y va du développement endogène, du progrès social, économique et politique dans notre Etat.
La République considère tous les membres de la cité comme des égaux. Elle les  unit comme tels  dans la citoyenneté et dans l’égalité de droit et de conditions. Elle se défie des privilèges. Elle récuse les discriminations, les ségrégations et les exclusions. L’Etat républicain est au service du bien commun. Il défend l’intérêt général contre son détournement vers des intérêts particuliers et contre sa privatisation.
La démocratie libérale affirme, quant à elle, les particularismes au sens où l’autonomie des personnes et des collectivités doit être reconnue par le pouvoir politique, la libre expression des différences et des intérêts institutionnellement protégées, la défense des minorités et des droits personnels et collectifs juridiquement garantie.
L’élection démocratique ne délègue pas le pouvoir du peuple au parti majoritaire parce que le pouvoir du peuple est inappropriable. L’expression  pouvoir du peuple signifie tout simplement la souveraineté inaliénable de chaque citoyen à telle enseigne que sa confiscation par le parti au pouvoir et par son chef, confiscation qui se traduit par le refus de l’alternance, est un viol perpétré contre la démocratie.
L’élection présidentielle démocratique est un examen de sélection populaire de l’individu générique pourvu des qualités personnelles qui doivent lui permettre d’incarner l’unité de la nation citoyenne, de défendre l’intégrité du territoire national et l’intérêt général. Elle n’est nullement le choix d’une  personne chargée  d’incarner à la tête de l’Etat, le pouvoir et la particularité d’une communauté culturelle.
En démocratie républicaine, l’élu est une personne générique qui représente la Nation citoyenne. Il défend, en tant que tel, l’intérêt général et non pas exclusivement les intérêts particuliers de ses électeurs.
L’administration démocratique ne gère pas la chose publique pour le compte et pour les intérêts particuliers du parti majoritaire. C’est un service du bien commun pour le compte de la République, une administration rationnelle de la chose publique visant à réaliser efficacement l’intérêt général.
Administrateurs et hauts fonctionnaires sont, pour cela, désignés selon des critères de compétences scientifiques et technocratiques par la voie du concours. Le concours est à l’Administration du service public,  ce que l’élection est à la politique pour le choix des dirigeants.
En démocratie républicaine, le parti au pouvoir n’est pas propriétaire des emplois et des marchés publics et ne saurait les réserver à ses militants et  aux catégories  sociales et professionnelles de son électorat.
Les partis et les acteurs politiques ivoiriens se doivent d’intégrer ce logiciel de la gouvernance politique en démocratie républicaine. Ils doivent l’incarner dans l’exercice de leur fonction d’élus et le diffuser par leur exemplarité et par leur rigueur éthique dans la société et en direction de leurs électorats.
Cette diffusion pédagogique de la culture démocratique et républicaine dans la vie sociale et politique ivoirienne  pourra contribuer à assainir la lutte politique et pourra préserver la démocratie en Côte d’Ivoire.
Dr Alexis Dieth
Professeur de philosophie

REAGISSEZ A CET ARTICLE

Laisser un commentaire